Mercredi 01 Avril 2026
CAP AU NORD
La première chose que j'ai aperçu, c'est un mur blanc et bleuté. Un iceberg, navigant entre deux eaux froides. Depuis deux jours, l'horizon était vain. Aucun albatros ne venait frôler notre solitude. Pas grand-chose à entendre non plus, sinon le bruit mou du bateau qui s'enfonce dans la houle, d'un mou à vous donner la nausée. J'étais partie du Pirée il y a trois mois. Voici deux années que je navigue en cargo. Ce n'est pas le luxe. Une bannette est mon île à bord. C'est ainsi que je parcours le monde, avec des rêves et quelques sous dans les poches. Les ports du sud m'ont accueillie souvent. J'y ai coulé des jours savoureux, trinqué aux rires à venir. Mais l'idée du Grand Nord ne me quittait jamais. Quand j'ai vu, sur la main courante de la capitainerie du Pirée, le départ imminent du brise-glace pour le Groenland, je n'ai pas hésité. Aujourd'hui que le port approche, et malgré ce froid suspect qui me fait penser tout à coup que le mot Groenland veut sûrement dire : le pays où on grelotte, je brûle à l'idée de voir les glaces et les nuits d'éternité. Les aussières craquantes de gel sont déroulées. Le capitaine a crié l'ordre d'accoster. Me voici sur le débarcadère blanc, l'âme nue sous les aurores constellées. Monique